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Mayotte en lutte contre la vie chère !

mercredi 19 octobre 2011

Le 27 septembre, à l’appel d’une intersyndicale et des associations de consommateurs, une grève générale a eu lieu à Mayotte contre la vie chère, en lien avec la mobilisation dans l’éducation.

De 2007 à 2011, la vie a augmenté de 60% à Mayotte. Les syndicats revendiquent aussi un SMIG à 1300 euros par mois minimum pour tous en janvier 2012. Le SMIG en vigueur à Mayotte équivaut à 85% du SMIC français.

Les syndicats avaient demandé au préfet un blocage des prix pour des aliments de base dans l’île : 10 euros pour le carton de 10 kg des "mabawa" (ailes de poulets), 15 euros pour le sac de viande de 10 kg et 10 euros pour le sac de riz de 20 kg. Le préfet leur avait répondu que ce n’était pas dans son domaine de compétences. Les syndicats de l’Education Nationale (FSU Mayotte, SNEP, SNES, SNUEP, SNICS, SNUIPP, SNAS-FP) revendiquent une “véritable politique éducative” : relance de l’éducation prioritaire, plan pluriannuel de recrutement massif, renforcement des conditions de sécurité et d’hygiène dans les établissements.

Plusieurs milliers de personnes ont pris part aux manifestations, que la police a réprimées à coups de gaz.

La CGT Educ’Action, Sud éducation et la FNERC ont décidé d’associer à leurs revendications celles du mouvement contre la vie chère. Des négociations ont eu lieu avec des représentants du patronat et de l’Etat colonial français. D’autres manifestations ont eu lieu, et à Dzoumonié, des routes ont été barrées par des manifestants, des affrontements ont eu lieu contre les gendarmes mobiles. A Longoni, la cité portuaire de Mayotte, un enfant de 9 ans a été blessé par un projectile de flash-ball tiré par un gendarme.

Plusieurs centaines de Mahoraises et Mahorais ont rejeté les propositions de baisse de prix formulées par les acteurs de la grande distribution. Le mot d’ordre avait alors été réitéré d’empêcher l’ouverture de tous les commerces samedi. Avant de signer tout éventuel accord, le collectif (front syndical et d’associations de consommateurs) a pris l’habitude de consulter une partie de la population rassemblée sur la place du marché de Mamoudzou, chef-lieu de Mayotte. C’est là que s’expriment, avec détermination, les "bouenis", les mères de famille mahoraises.

Mardi 11 octobre, une centaine de personnes ont quitté la manifestation de l’après-midi, qui se déroulait dans le calme, pour se servir dans l’entrepôt d’une grande surface dans la zone industrielle de Kawéni avant que la gendarmerie (qui a reçu des renforts de la métropole coloniale) n’intervienne.

Un calme précaire régnait lundi à Mayotte, alors que les organisations qui participent au mouvement de protestation contre la vie chère ont décidé de poursuivre la grève et le boycott des commerces, dans l’attente de l’aboutissement de nouvelles négociations.

Au 21ème jour du conflit contre la vie chère, les syndicats CGT Mayotte, CFDT, FO, CFE-CGE et des associations de consommateurs, ont consulté, lundi 17 octobre au matin, une foule d’environ 600 personnes réunie sur la place principale de Mamoudzou.
Cette consultation démocratique et populaire a débouché sur une reconduction du mouvement jusqu’à ce que les négociations aboutissent à la baisse des prix de la viande, de la bouteille de gaz et du sable destiné à la construction.

Lundi après-midi, syndicalistes et consommateurs se sont rendus à la préfecture, où les a accueillis le préfet. Mais en l’absence des représentants du patronat, de la grande distribution et des élus des chambres consulaires, les négociations n’ont pu reprendre. Dans la foulée, une manifestation a sillonné les rues de Mamoudzou, tandis qu’un barrage bloquait la circulation à un carrefour stratégique de la ville.

Le front uni de la contestation s’est rompu le soir, lorsque les responsables du syndicat FO ont signé avec le Medef-Mayotte et les dirigeants de la grande distribution un accord portant sur la baisse des prix de neuf produits de premières nécessités.
Les autres organisations syndicales, CGT Mayotte, CFDT et CFE-CGC, ainsi que les associations de consommateurs, ont indiqué lors d’un point presse, que le mouvement continuait, "afin d’obtenir une baisse de 30% sur le prix de la viande, hors mabawa (ailes de poulet)".

Mardi 22 octobre, les magasins ont rouvert tôt mardi matin à Mayotte sous haute protection policière.
Des gendarmes mobiles (350 actuellement stationnés dans l’île), ont été chargés de la surveillance des commerces.
La situation s’est tendue en cours de matinée entre clients et manifestants, ce qui a conduit à la fermeture de plusieurs magasins.
Dans l’après-midi, un cortège de 400 manifestants environ, a sillonné les rues de Mamoudzou.

Mercredi 19octobre, un manifestant de 39 ans a été tué lors d’affrontement avec la police, plusieurs autres blessés par des tirs de Flash ball et grenades lacrymogènes dans le centre de Mamoudzou. Plusieurs centaines de manifestants qui avaient érigé un barrage place de la République se sont opposés aux forces de l’ordre.

L’URCF exprime sa totale solidarité avec le combat des travailleurs de Mayotte. A bas la répression coloniale impérialiste !

Les DOM-TOM sont en réalité, avec d’autres territoires d’outre-mer, les dernières colonies de l’impérialisme français, où sévissent chômage massif, misère, surexploitation, prix et tarifs coloniaux, car les taxes diverses les rendent plus chers qu’en métropole.

Dans une île fertile en produits agricoles, le développement capitaliste à la campagne signifie que les profits des grands propriétaires fonciers sont réalisés par l’exportation des fruits et légumes qui font défaut cruellement sur le marché local.

Les produits de base (pâtes, riz, légumes, poulet) sont importés et lourdement taxés, frappant durement le budget des familles populaires.
Le combat actuel est centré sur les revendications sociales, économiques, les familles de travailleurs Mahorais se heurtent, comme en métropole, à la politique sarkozyste de déréglementation généralisée visant à faire payer la crise du système capitaliste aux travailleurs. Ils se heurtent aussi à la politique répressive de ce gouvernement, qui envoie ses militaires.

En dernière instance, la grève générale est la conséquence de la situation coloniale, qui accentue les effets de l’exploitation capitaliste, à travers l’usurpation économique et politique de l’île par les minorités métropolitaines.

Organisation marxiste-léniniste, l’URCF se déclare en faveur de l’autodétermination des peuples opprimés par l’impérialisme français, c’est à eux seuls de décider de leur avenir, y compris par le droit à la séparation. « Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre », cette phrase de Marx résonne avec force aujourd’hui, car elle traduit l’exigence de justice et de libertés pour les victimes du colonialisme contemporain.