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8 mars : journée internationale des femmes

samedi 8 mars 2014

Il arrive parfois, dans l’histoire, qu’une idée juste par son succès, soit récupérée et dénaturée
de ses objectifs d’origine. Il en est ainsi du 8 mars, journée internationale de lutte des femmes,
devenue dans les pays capitalistes, la " journée des femmes ", sur le modèle mercantile et
commercial de la "fête des mères ".

Le marxisme a été la première doctrine à poser la question de la femme, selon l’approche de
classe et sur une base matérialiste. Avec l’avènement des sociétés exploitant les masses
opprimées en raison de la division du travail, la femme a été réduite au rôle de mère et de
gardienne du foyer. Les religions ont justifié cette inégalité sociale, en arguant de la
prétendue " infériorité naturelle de la femme ". Le capitalisme naissant, avide de main d’oeuvre
corvéable, va entrer dans le processus de salarisation des femmes. Engels écrira que la femme,
en raison de l’inégalité liée au mariage bourgeois (fondé sur l’inégalité sociale, juridique des
partenaires), est la "prolétaire de l’homme" mais que, salariée dans les bagnes industriels, elle
est " doublement exploitée comme femme et comme prolétaire ". Il y a donc dans la lutte
générale anticapitaliste, des revendications féminines spécifiques, formant un des courants du
flot général dirigé contre le système capitaliste.

Le marxisme a donc relié la question de la femme à sa lutte et à la lutte commune de la classe
ouvrière et des travailleurs au combat pour l’émancipation finale et la révolution socialiste pour
renverser le capitalisme.

Le 8 mars 1857, les ouvrières du textile à New-York sont réprimées par la police lors d’une
manifestation. Les revendications féminines qu’elles défendaient, entrent dans les
revendications internationales des femmes ouvrières que va populariser la Seconde
Internationale ouvrière au début du XXème siècle.

- Diminution des horaires de la journée de travail avec maintien du salaire. Aujourd’hui, le
cours néolibéral prôné partout dans les Etats impérialistes, vise au rallongement de la journée
de travail, à l’introduction du travail de nuit des femmes, de façon à obtenir la plus-value
absolue.

- A travail égal, salaire égal homme/femme. Aujourd’hui, dans un vieux pays capitaliste
comme la France, le salaire des femmes reste inférieur à celui des hommes, de 20 à 30% selon
le secteur d’activité. A qualification égale, les promotions sont toujours plus difficiles à obtenir
pour les femmes.

- Abolition du travail des enfants. Aujourd’hui, dans les Etats capitalistes de l’Union
européenne, l’interdiction du travail des enfants de 15 ans a été levée. En France, le
gouvernement Villepin avait autorisé l’apprentissage dès 14 ans, mesure il est vrai supprimée
par le pouvoir actuel car violant l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans. Dans les pays semicoloniaux
pillés et dominés par l’impérialisme (dont l’impérialisme français), le travail des
enfants est la règle. Ces enfants de 8 ans, en Inde, interdits de sortir de l’usine et attachés à leur
poste de travail, illustrent le surnom de " buveurs de sang " donné aux patrons par le
mouvement ouvrier au XIXème siècle.
La socialiste (puis communiste) allemande Clara Zetkin joua un très grand rôle dans
l’organisation du mouvement des femmes ouvrières. En août 1907, à son initiative, se tint la
première conférence internationale des femmes ouvrières à Stuttgart. Encouragées par les
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résolutions de cette conférence, les ouvrières de New-York lancèrent le mot d’ordre qui
appuyait à la fois les revendications immédiates et futures (révolutionnaires) : "Nous exigeons
du pain et des roses
". La célèbre phrase de Karl Marx se transformait en force matérielle pour
l’émancipation féminine du joug capitaliste.

En 1910, lors de la seconde conférence internationale des femmes ouvrières, Clara Zetkin lança
la revendication et l’exigence d’une journée internationale des femmes, notamment pour
arracher à la bourgeoisie réactionnaire, le droit de vote pour toutes les femmes.

En 1912-1917, les ouvrières de Russie vont jouer un très grand rôle dans les luttes de classes
dans ce pays soumis au féroce régime tsariste "prison des peuples ". Après le déclenchement
de la première guerre mondiale impérialiste (1914), les régimes bourgeois vont accélérer la
salarisation des femmes notamment ouvrières, afin de faire tourner l’énorme machine de
guerre. Les ouvrières de Russie, surexploitées par des cadences infernales, vont lier le combat
revendicatif quotidien et la lutte contre la guerre impérialiste, à l’appel du parti bolchevik.

Le 8 mars 1917 (23 février calendrier tsariste), les femmes de Petrograd, dans les usines
textiles, déclenchent la grève et manifestent en exigeant la Paix et le Pain. La paix pour que leur
mari, frère, fils, revienne du front d’une guerre d’oppression des peuples, le pain parce que la
question du ravitaillement constituait une angoisse quotidienne. Les métallos les rejoignent et
ce sera le déclenchement de la révolution démocratique-bourgeoise de Février 17, pour la
République et l’abolition du tsarisme.

Après la victoire de la révolution socialiste d’octobre 17, et la création de l’Internationale
communiste en rupture avec la trahison des partis sociaux-démocrates, Lénine institua la
journée internationale des femmes, en hommage aux ouvrières de Petrograd et à Clara Zetkin
qui la première avait eu l’idée d’une telle journée internationale de luttes.
" Pour entraîner les masses dans la politique, il faut y entraîner les femmes. Car sous le
régime capitaliste, la moitié du genre humain est doublement opprimée. L’ouvrière et la
paysanne sont opprimées par le capital ; en outre même dans les plus démocratiques des
républiques bourgeoises, elles restent, devant la loi, des êtres inférieurs aux hommes, elles
sont de véritables "esclaves domestiques
", car c’est à elles qu’incombe le travail mesquin,
ingrat, dur, abrutissant de la cuisine et du ménage.
La révolution bolchevique a coupé les racines de l’oppression et de l’inégalité de la femme, ce
que n’avait osé faire aucun parti, aucune révolution. De l’inégalité de la femme devant la loi,
il ne reste pas trace chez nous. L’inégalité odieuse dans le mariage, le droit familial, la
question des enfants a été totalement abolie par le pouvoir des Soviets.
Ce n’est là qu’un premier pas vers l’émancipation de la femme… Le second (le plus important)
a été la suppression de la propriété privée de la terre et des usines.

Voilà ce qui ouvre la voie
à l’émancipation effective et intégrale de la femme et de son "esclavage domestique" par la
substitution de la grande économie collective à l’économie domestique individuelle. Cette
émancipation est chose difficile, car il s’agit de transformer des coutumes, des moeurs
enracinées depuis des siècles."

Le combat révolutionnaire des femmes dans le mouvement ouvrier et communiste fut illustré
par de nombreuses et grandes figures : outre Clara Zetkin, ayons une pensée pour Rosa
Luxemburg, théoricienne, dirigeante et fondatrice du KPD, assassinée avec Karl Liebknecht lors
des journées révolutionnaires de 1919, en Allemagne, par les corps-francs réactionnaires sur les
ordres du ministre de l’intérieur le social-démocrate Noske ; de Jeanne Labourbe, fondatrice du
groupe communiste français de Russie qui participa au soutien politique à l’Armée Rouge, sur le
front (la Russie des Soviets était la victime d’une guerre d’intervention de 14 puissances
capitalistes) et qui, à l’issue d’un meeting, fut arrêtée, torturée, fusillée par des gardes blancs et
les corps expéditionnaires français.
Lénine rendra un vif hommage à Jeanne Labourbe, fondatrice du mouvement communiste de
France : " Le nom de Jeanne Labourbe est devenu un nom de combat, un nom qui rallie tous
les ouvriers de France dans la lutte contre l’impérialisme français "
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Tout au long du XXème siècle, les femmes ouvrières participèrent activement au grand combat
anticapitaliste et antiguerre mondial. En Espagne, dans les rangs des Républicains et des
Brigades internationales, dans les rangs de la résistance française et internationale contre le
fascisme, dans les combats anticoloniaux de Chine, d’Algérie, de Cuba, les femmes jouèrent un
rôle décisif.
En URSS, la stratégie léniniste d’émancipation de la femme trouva une concrétisation éclatante
dans l’héroïsme des femmes à l’arrière, où les ouvrières travaillaient avec abnégation à
produire les chars, pièces d’artillerie, fusils, avions qui permirent le tournant de Stalingrad ;
mais aussi au front où les femmes pilotes (surnommées les " Faucons de Staline") s’illustrèrent
par leur haute aptitude au combat ainsi que les femmes partisans. La jeune communiste et
partisane Zoïa Kosmodemianskaïa (18 ans) fut atrocement et sadiquement torturée par
l’envahisseur nazi, ne donna aucun nom de ses camarades partisans, elle fut pendue et son
corps exposé. Le PC(b)US en fit le symbole de l’héroïsme des femmes dans la guerre
antifasciste.

En 1945, les succès des Résistances armées antifascistes permirent des avancées
démocratiques des droits de la femme ; en France, avec beaucoup de retard, le droit de vote
pour les femmes. Mais dans les 15 pays libérés du joug capitaliste de 1945 à 1949, le 8 mars
devint un jour férié où les femmes des Démocraties Populaires et d’URSS célébraient par des
meetings de solidarité la lutte des femmes dans le monde, à la fois pour édifier le socialisme,
combattre le capitalisme, se libérer du joug impérialiste et colonial.

En URSS, le parti communiste sous la direction de Staline, s’attaquait aux " tâches abrutissantes
de l’esclavage domestique ". Notre camarade Tamila Yabrova directrice de la revue marxisteléniniste
soviétique " Marxism and Actually ", montrait, lors d’un exposé, qu’en Union
soviétique après la guerre, de grands débats eurent lieu sur le mode de vie et de
consommation. Sous Staline, les femmes ouvrières (et les ouvriers) pouvaient manger le soir au
restaurant de l’usine ou ramener les plats pour leur famille, les crèches gratuites se trouvaient
dans des bâtiments connexes des usines où elles pouvaient lors des pauses voir leur enfant. Les
immeubles modernes de Moscou et des autres grandes villes étaient équipés d’entreprises de
blanchisserie et de nettoyage, voire de restaurant collectif à des prix dérisoires.
Seul le socialisme peut, en liquidant l’exploitation et la rentabilité financière, libérer la femme
de ses tâches ingrates.
Ensuite, la politique des successeurs de Staline, marquée par l’opportunisme, fut plutôt de
copier le mode de consommation individuel des Etats-Unis, en valorisant les logements
individuels privés où la femme à nouveau assurait les tâches domestiques, en s’appuyant sur les
vieilles coutumes et en les renforçant.

L’opportunisme (c’est-à-dire le refus de travailler avec les masses à la rupture révolutionnaire
avec le capitalisme, l’engagement dans les seules réformes graduelles qui ne touchent pas à la
nature du système capitaliste) va emporter la majorité des PC dans le monde.
Dès lors, la question de la femme, après 1968, va être avancée et défendue par le
" féminisme ".
Du point de vue social, ce sont les femmes de l’intelligentsia, de la petite-bourgeoisie qui,
voulant se démarquer du mouvement ouvrier, prônaient la lutte contre le "machisme " ; pour
elles, la source de l’oppression de la femme ne résiderait pas dans la nature exploiteuse du
capitalisme, mais dans " l’homme ". Leur mouvement interdisait la participation des hommes à
leur réunion. Ce féminisme petit-bourgeois va donc ôter tout contenu de classe aux luttes des
femmes, mêlant dans le même opprobre, l’ouvrier "mâle" et le bourgeois "mâle".
Mouvement féministe qui se fixe la libération de la femme, dans le cadre uniquement juridique,
personnel (" notre corps nous appartient "), sans se soucier des sources matérielles
économiques qui alimentent depuis des siècles l’oppression des femmes.
Ce mouvement aura certains succès, se fixant sur des objectifs immédiats tels le droit à
l’avortement, à l’égalité juridique et familiale , en ne s’attaquant pas à la racine des maux (le
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capitalisme), ces succès vont être progressivement remis en question. Aux Etats-Unis, tout ,
mais ensuite dans beaucoup de pays capitalistes. En France, les attaques de Sarkozy contre
la " démission de 68 ", la reconnaissance du foetus comme "être", présagent une remise en
cause de l’interruption volontaire de grossesse. La social-démocratie (en fait social-libéralisme),
récupérant la question de la femme après l’échec et les limites des féministes, va se tourner
vers la canonisation du 8 mars. Sous le gouvernement Mauroy, est créé le ministère des droits
de la femme ; le 8 mars devient une "fête" des femmes en général, bien sûr dénuée de tout
contenu de classe et de combat émancipateur. Le mouvement MLF (féministe) ira jusqu’à
soutenir la candidature de Ségolène Royal (parce qu’elle est une femme) alors que cette
dernière s’illustre par des propos plutôt " familialistes ", traditionnels, et des références
religieuses.

Le combat de classe quotidien et stratégique n’est pas un combat qui se résumerait à la lutte
contre le sexisme (même s’il faut combattre toutes ces manifestations). Thatcher n’a pas
conduit au pouvoir une politique plus " pacifique " plus "humaine" que celle de son successeur
Blair. Pour se libérer, la femme travailleuse doit défendre ses propres revendications, et les lier
au combat général contre le capitalisme. Aujourd’hui, la question féminine est aussi une
question ouvrière et anticapitaliste, quand les Ouvriers Spécialisés (la partie la plus précaire)
sont pour moitié composés de femmes, quand la majorité des employés (aux conditions de vie
proches de la classe ouvrière) est composée de femmes qui luttent. Récemment, les
travailleuses de grandes surfaces ont montré la voie des luttes nécessaires pour dénoncer leurs
conditions de travail et bas salaires. Alors que les revendications fondamentales posées au
début du XXème siècle n’ont pas été résolues par le capitalisme, l’avenir des femmes
travailleuses est dans l’émergence d’un mouvement combatif comme celui des ouvrières de
New-York et de Pétrograd, dans les Clara Zetkin, Rosa Luxemburg, Jeanne Labourbe du XXI
siècle.

Depuis toujours, les femmes ont subi l’oppression patriarcale et de l’exploiteur. Alors que les
intégrismes religieux, défenseurs de la femme esclave et soumise, se renforcent, la voie de la
libération des femmes est conditionnée par leur entrée massive dans le combat ouvrier pour le
renversement du capitalisme !